L'École Supérieure d'Arts de Rueil-Malmaison, seule école territoriale parmi les trois établissements d'enseignement supérieur "Beaux-Arts" en Ile-de-France, est menacée : pour des raisons économiques, la Ville ne souhaite plus en supporter le financement seule.
Le concours d'entrée pour 2009/10 est maintenu, et des pistes d'évolution vers de nouveaux projets sont bien sûr à l'étude. Une des hypothèses envisagées est le développement d'une nouvelle Ecole Supérieure d'Arts sur un autre territoire des Hauts de Seine, associant Rueil-Malmaison et l'école préparatoire Les Arcades d'Issy-les-Moulineaux.
Mais l'École Supérieure d'Arts de Rueil-Malmaison existe comme classe préparatoire publique depuis 1988 ; est, à ce titre, l'une des rares écoles publiques en France à préparer l'entrée aux écoles nationales et internationales d'arts, de design et d'arts appliqués. Elle est d'autre part agréée depuis 2001 par le Ministère de la Culture pour préparer un diplôme national d'arts plastiques (DNAP, niveau licence) option art en trois ans. Les bouleversements qui s'annoncent engagent donc sa pérennité, ses performances et la reconnaissance dont elle bénéficie.
Au-delà du cas d'espèce, c'est de l'ensemble de l'enseignement artistique en France dont il est question : sur les 59 écoles supérieures d'art réparties sur le territoire, 48 sont des écoles territoriales, c'est à dire financées en quasi totalité par leur ville d'accueil, communauté de communes ou département ; et par conséquent dépendantes de la seule volonté de l'équipe dirigeante en place. Et ce, grâce à un paradoxe : l'enseignement supérieur est certes la responsabilité de l'Etat, mais le seul « service culturel public » obligatoire en France est la tenue des archives.
Dans le contexte actuel d'inquiétude financière, où de surcroît l'État tend à restreindre les ressources allouées aux collectivités, les écoles d'art apparaissent donc comme des candidates idéales aux sacrifices budgétaires. Bien que le caractère anormal et dangereux de cette situation soit connu de longue date, les gouvernements successifs ne se sont pas donnés les moyens d'y remédier, et l'État semble plus éloigné que jamais de sa responsabilité à l'endroit de l'enseignement supérieur des arts plastiques : le Ministère de la Culture n'a rien de mieux à proposer aux écoles placées sous sa tutelle qu'un encouragement cynique à se trouver elles-mêmes de nouvelles sources de financement, les régions n'étant actuellement dotées ni de la mission, ni des moyens d'assurer cette tâche.
Tout ceci intervient dans le contexte de l'harmonisation européenne des diplômes, plaçant les établissements devant la double contrainte d'avoir à changer de statut pour obtenir l'agrément de leurs diplômes, sans pourtant qu'aucun statut viable ne leur soit vraiment proposé - l'Europe servant ainsi une nouvelle fois de prétexte à une dénégation de responsabilité, voire à la liquidation en règle d'un certain nombre d'écoles.
Qui va désormais assumer la charge de l'enseignement artistique en France ?
Veut-on encore d'un tel enseignement dans ce pays, alors même que la création intellectuelle et artistique prend une part croissante dans les échanges mondiaux ?
Loin de n'être qu'un petit monde fermé sur soi, héritage désuet d'une époque révolue, pépinière pour le marché ou simple lieu de transmission académique, une école d'arts forme ses étudiants à se confronter aux notions de création, production et diffusion en prise directe avec des contextes économiques et sociaux qui débordent le champ de l'art stricto sensu.
Elle est un lieu de questionnement et de recherche, un laboratoire d'expérimentations ouvert sur le monde où sont pris en compte des paramètres variés - citoyenneté, urbanisme, technologies, économie - et des publics hétérogènes. Elle constitue une force de proposition originale, par laquelle la transversalité des compétences, la mobilité et la capacité d'innovation, notions aujourd'hui incessamment valorisées par nos gouvernants, se trouvent de fait déjà couramment mises en œuvre.
Les candidats, du reste, ne manquent pas pour une telle expérience, notamment en région parisienne où l'offre actuelle est déjà notoirement sous-dimensionnée, rendant d'autant plus scandaleuse la fermeture d'une école dont, par ailleurs, la qualité d'enseignement est reconnue par ses étudiants, par les institutions qui accueillent ces derniers pour la poursuite de leurs études en second cycle, voire par les acteurs politiques et institutionnels qui entreprennent néanmoins de l'étrangler.
Si l'on soustrait au paysage actuel les 35 places offertes à l'École Supérieure d'Arts de Rueil-Malmaison, en première année, resteront les 70 de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et les 40 de l'École Nationale Supérieure d'Art Paris-Cergy, pour une région de 12 000 000 d'habitants (à titre de comparaison : 5 écoles en Rhône-Alpes pour une population de 6 000 000) : à qui fera-t-on croire que la situation de cette école ne serait qu'un problème local ?
Pour plus d’infos:
site de l’école : http://www.esarueil.info